La glace brûlante

 

Ce n'était pas une broussaille, proche d'un palmier

et transie de givre qui cherchait protection... auprès de cette haute stature_ Et les palmes que le vent éparpillait

dans son amusement glacial n'étaient pas non plus un

abri même si, dans les régimes qui pendaient des

rameaux, il Y avait suffisamment d'espaces chauds pour

les rapaces et les petits oiseaux_

        Ce n'était pas un palmier. C'était une femme de

trente ans qui traversait, seule, la rue avec son petit

qu'elle entourait de ses bras. Elle paraissait gémir sous le

poids des ans lorsqu'elle se penchait et collait sa joue

froide contre celle de l'enfant. À cet instant, sa poitrine

apparaissait comme deux petits mamelons de neige qui

prenaient l'eau pour du feu. Ses yeux étaient deux

nuages errants qui ignoraient où le vent du Nord les poussait. À la voir, on pouvait croire qu'elle était veuve et que l'enfant était le souvenir d'une nuit dont la glace

rappelait la chaleur_ À présent, elle est passée sous la

barre du zéro. Mais, il n'y a que la glace qui soit un

combustible pour le feu d'une femme...

Une femme, un enfant, une braise avoisine une montagne de glace. La glace fond, se répand et en­-

flamme la rue. Et déjà les passants se baignent dans

un océan de feu allumé par une femme ftoide avec de

l'eau de feu. La braise diminue et s'éteint. Telle était la

femme. Tel était l'enfant. Chaque fois qu'elle le serrait

contre elle, il sentait les yeux l'observer. Il en appela au

sentiment de virilité et maudit les yeux furtifs des

hommes qui jetaient des regards de feu. Il chercha à se

libérer de sa main et la repoussa même violemment. Elle

fit un pas en arrière, le cœur triste, et se rattrapa dans le

vide. Sur son visage se dessina alors une inquiétude qui

explique bien le sourire des femmes lorsqu'elles versent

une larme pour qu'elle tombe dans le cœur comme du

feu. Cet instant de gel fait que, sous la morsure du froid

la femme s'enflamme.

La femme commença à lire le livre de la nuit que le

soleil s'était déjà mis à feuilleter lorsqu'elle était encore assise au bord de la mer et consignait les événements

d'une nuit nouvelle concernant une veuve, seule, dans

une nuit glaciale. Ce garçon remplit toute sa journée.

Mais la nuit, elle est toute à elle-même et dépasse toutes

les frontières. La nuit s'arrête à l'oreiller de tcut être

humain et pose à chacun la même question: qui es-tu ?

La distance entre l'enfant et sa mère augmente

chaque fois que s'agrandit aussi l'intervalle entre la fin

du jour et le commencement de la nuit. Maintenant,

chacun s'appuie sur lui-même. L'enfant est devenu un

homme et la femme a quitté son habit de mère. Elle avait

déjà commencé à s'en dévêtir en s'asseyant sur le bord

du plaisir qu'elle n'a pas goûté avec son cœur de mère.

Elle s'en dévêtait même lorsqu'elle boutonnait son

manteau. Et là, dans un coin de la rue, un chat transi de

froid fermait et ouvrait les yeux en miaulant faiblement.

Elle s'approcha de lui et lui tendit la main. Le chat se

précipita vers elle et s'abandonna à elle lorsqu'elle le pressa contre sa poitrine. Elle se mit à caresser ses poils

et à lui murmurer des mots doux. L'enfant protesta en

élevant la voix. Il parut fâché, furieux, dur en essayant de lui retirer le chat des mains. La femme le supplia et

voulut lui faire croire qu'il était gentil et beau et qu'il

remplacerait celui qu'elle avait perdu. Mais l'enfant

frappa sa mère et l'insulta. Elle vit dans ses yeux une

haine qu'elle n'avait jamais vue auparavant. ll se souvint

de cette nuit où, se réveillant. il vit le chat lécher

l'entrejambe de sa mère qui dormait d'un sommeil profond. Il se saisit alors du chat et le jeta du haut de l'immeuble. Le garçon essayait toujours de lui retirer le chat,et le chat miaulait dans deux bras chauds. Quand il vit qu'il n'y arriverait pas, d'une voix tremblante, il traita sa mère de débauchée et partit en courant pour disparaître dans la foule...

Les sentiments maternels se réveillèrent. La mère

appela son fils d'une voix brouillée et jeta le chai par

terre. Ses appels se perdirent sous des trombes d'eau.

L'enfant était déjà parti dans une direction, le chat dans

une autre. Elle seule, sous la pluie, brûlait...

 

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